Le "girl power" selon Anaïs Favron

Le "girl power" selon Anaïs Favron

Mon girl power n’est pas nouveau, il est juste maintenant accepté socialement. Je l’ai vu se pointer le bout du nez il y a quelques années et j’ai mis du temps à l’accepter moi-même car il n’y a pas si longtemps, si on voulait bien faire les choses, il fallait faire comme un garçon. Lancer comme une fille, ça voulait dire pas fort, faire des push up de fille, c’était de mettre les genoux par terre et agir en fille, c’était pleurer. Et ne vous méprenez pas, je n’ai pas été une suffragette, je suis une enfant des années 80 qui faisait sa liste de cadeaux de Noël dans le catalogue de Distribution aux consommateurs et qui était abonnée à la Maison Columbia (si tu n’as pas ces référents tu peux aller fouiller sur Internet pour ta culture générale mais ce n’est pas un prérequis pour comprendre la suite).

La première fois que j’ai été confrontée à la différence, c’était à la patinoire. En sandwich entre deux frères, on se prêtait les accessoires de sport, j’ai donc appris à patiner avec des patins bruns de gars que j’appelais à l’époque simplement des patins ! C’est au contact des autres que je me suis rendue compte que les filles avaient des patins blancs avec des petits piques sur la lame. Pourquoi les filles avaient des petits piques ? « C’est plus facile pour avancer » m’avait-on répondu… Mais si c’est plus facile, pourquoi les gars n’en n’ont pas aussi ? J’avais 5 ans et une logique implacable.

J’ai fait du sport. J’ai fait des arts. J’ai eu des chums. J’ai été une fille normale. J’ai eu la chance de gravir les échelons dans mon domaine grâce à l’improvisation où je me démarquais. À ce qu’on disait, je jouais comme un garçon. C’était à l’époque un compliment qui voulait dire que j’étais de niveau. Et ce n’était pas l’ancien temps, c’était en 1995. Kurt Cobain était déjà décédé et Alanis Morissette connaissait un succès international.

J’ai toujours foncé, pensé que j’étais une « fille-garçon » et que grâce à ça, c’était plus facile pour moi. Puis j’ai rencontré d’autres filles comme moi. Il y en avait plein mais elles ne faisaient pas de bruit. Rester discrète a longtemps été un truc pour éviter les moqueries. Des blagues de fifilles sexistes et ridicules il y en avait des millions et on était habituées, on laissait passer. Je ne criais pas sur tous les toits à quel point je rencontrais des filles de plus en plus inspirantes, fortes, drôles et mieux que des garçons. Pas mieux dans le sens de meilleures, mieux dans le sens plus près de moi. 

Puis comme ça, sans m’en rendre compte, les noms des gens avec qui je rêvais de travailler sont devenus plus souvent féminins, les filles humoristes sont venues me chercher avec des réflexions qui me parlaient vraiment. Les auteures, les designers, les femmes politiques, j’ai l’impression que tout ça s’est passé très vite.

Je suis devenue admirative de tellement de femmes, de filles, de madames et même de matantes ! Je joue à la balle molle avec des filles sans complexe, les ligues d’improvisation ont la parité, je rénove des maisons avec de gros outils. Je suis une fille, mais pas une fille comme en 95, une fille comme en 2018. Et ça c’est vraiment mais vraiment très jouissif !

Anaïs Favron

P.S : Il ne faudrait pas le dire trop fort, mais chaque fois que je voie une fille kicker des culs dans son domaine, il y a dans ma tête un petit émoji avec des mains qui applaudissent… 


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